Crise énergétique : arrêtons d’éclairer le ciel !

Les astronomes amateurs vous le diront : la pollution lumineuse de nos villes et villages est une catastrophe pour observer le ciel … mais ce n’est pas le seul problème.

Il y a quelques jours de cela un élu d’une commune nous expliquait de manière incidente que sa commune, dans le Limousin, avait fait le choix il y a plusieurs années de cela de réduire l’éclairage la nuit, non pas pour faire des économies, mais par conviction environnementale et préserver la biodiversité.

Des idées reçues … et la réalité de terrain

Les cassandres promettaient à l’élu une explosion de la délinquance, des accidents routiers et autres fléaux dignes de l’Ancien Testament. A force de pédagogie et de conviction, d’explication des expérimentations menées dans divers pays (comme souvent nordiques), les élus ont pu néanmoins faire passer la décision : il n’y aurait plus de nouveaux points lumineux et les points existants passeraient en mode couvre-feu dès 22H.

Résultats ? Nulle augmentation de la délinquance : les gendarmes avaient démontré que statistiquement justement les lumières des cambrioleurs se repèrent mieux en pleine obscurité. Quant aux agressions ? Hélas, il semble bien qu’en obscurité comme en pleine lumière un abruti reste un abruti : l’éclairage public ne ravive pas la lumière éteinte dans les cerveaux et l’obscurité ne réveille pas les plus bas instincts (hélas il ne semble pas y avoir d’étude aussi on doit se contenter sur le sujet de retours d’expérience pour l’essentiel).

Comme le soulignait la commune de Rochefort (Charente-Maritime) dans la Gazette des communes :.

« Nous avons constaté, avec le commissariat, sur les trois quartiers tests, une baisse des cambriolages de 20 %, équivalente à celle de l’ensemble de la ville. Nous avons eu seulement 3 doléances d’habitants concernant l’éclairage public en 2016. Depuis 2017, ce n’est plus du tout un sujet d’actualité, explique Franck Conti, directeur général adjoint du service de proximité et de citoyenneté. L’extinction a été étendue à toute la ville. »

(Cité in Gazette des communes 19 avril 2018)

Nulle augmentation des accidents par ailleurs, il est vrai qu’on s’est rendu compte que les véhicules ont des phares qui fonctionnent assez bien et n’éclairent que ce qui est nécessaire (du reste, il existe des systèmes dans les pays nordiques d’allumage et extinction à la demande, des systèmes qui s’adaptent par exemple en présence de piétons, etc.).

En revanche, le village a pu observer un retour d’espèces endémiques disparues et notamment 12 des 16 variétés de chauves-souris limousines.

Les Villes aussi s’y mettent

Bien entendu, on pourrait objecter que ceci n’est pas transposable à nos villes. Sauf que ce projet par exemple est également porté à l’échelle de la Métropole de Limoge qui a commencé à organiser des périodes de réductions pour se réapproprier la nuit. De même outre la ville de Rochefort, d’autres villes s’y sont mis (Tulle, Pessac, etc.).

Mais c’est peut-être par la crise énergétique que finalement nous retrouverons des ciels étoilés. Ainsi la Ville et la Métropole de Clermont-Ferrand — qui ont déjà mis en place des mesures de réduction de la pollution lumineuse et d’économies d’énergie — ont décidé d’appliquer dès le 1er octobre un programme de réduction de la consommation énergétique comprenant entre autres avec une extinction des feux de minuit à 6h du matin.

Il s’agit ici d’une mesure entrant dans un programme plus vaste d’économies d’énergies, dans le contexte de crise énergétique que nous connaissons en 2022. Mais ce n’est finalement qu’une énième démonstration du principe que d’un malheur peut sortir de très bonnes choses : 2022 nous permettra peut-être aussi de revoir les étoiles la nuit, occultées de temps à autre par la faune nocturne, bien emmitouflés dans nos pulls.

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